[NEWS] L’industrie française en cinq chiffres

En 40 ans, la France a fermé des milliers d’usines et s’est enfoncée dans une « capitulation industrielle » qualifiée « d’étrange défaite » par les économistes Elie Cohen et Pierre-André Buigues dans leur ouvrage « le décrochage industriel » (Fayard).

Voici en cinq chiffres-clés, un aperçu du phénomène, l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle, ainsi que celui, plus récent, d’une réindustrialisation amorcée en 2017 sur fonds d’urgence climatique, sur laquelle surfent de nombreux candidats au nom du « fabriqué en France ».

- Huitième -

La France, encore parfois présentée comme la quatrième puissance industrielle mondiale, a en fait dévissé au huitième rang, selon un rapport de la Cour des Comptes du 14 décembre.

Au troisième trimestre 2021, l’industrie pesait 13,42% du PIB, selon France Industrie, contre 23% en 1980 et plus de 30% dans les années 50.

Par comparaison en Europe, l’industrie représentait 16% du PIB en moyenne en 2019 (17% en Italie, 19% en Suisse et 22% en Allemagne).

- 250.000 entreprises -

La France compte quelque 250.000 entreprises industrielles.

Le pays a plus souffert que ses voisins de la désindustrialisation, sous l’effet conjugué de l’essor des services, de la division internationale du travail, de son coût, mais aussi d’une fiscalité pénalisante, d’impôts de production trop élevés, qui ont conduit les entreprises à délocaliser massivement leur production, plutôt qu’à investir en France pour produire et exporter, selon un rapport de France Stratégie.

Emmanuel Macron, qui assure avoir « vécu de manière très précise la morsure de la désindustrialisation » dans sa jeunesse, à Amiens ou Bagnères-de-Bigorre, a reconnu une « erreur fondamentale » des gouvernements successifs. « Nous avons pensé pouvoir faire un pays sans usines », a-t-il concédé au magazine Zadig en mai 2021, paraphrasant l’ancien PDG d’Alcatel Serge Tchuruk en 2001 qui rêvait d’une « entreprise sans usine ».

La pandémie a jeté une lumière crue sur cette réalité: la France a découvert qu’elle ne fabriquait ni masques ni paracétamol… et elle a échoué à figurer parmi les premiers pays à développer un vaccin anti-Covid, une « humiliation » selon Louis Gallois, ancien patron de fleurons comme Airbus, Safran, SNCF ou PSA.

- 3 millions d'emplois -

Le nombre d’emplois industriels est tombé à quelque 3 millions en 2020 contre 5,3 millions en 1980. Leur part dans le PIB a glissé au plus bas à 13% en 2017 contre 22% en 1980.

Sur la carte, c’est le quart nord-est et le centre-est du pays qui ont le plus souffert.

La transition énergétique et l’électrification des moteurs se traduisent en plus par la fermeture en série de fonderies automobiles (MBF, Fonderie du Poitou..), malgré des aides à la relance reçues par 24 d’entre elles.

Selon le cabinet AlixPartners, l’électrification pourrait causer la suppression de 52.000 postes, pas tous compensés par les (futures) usines de batteries, moins exigeantes en main d’oeuvre.

- 70 milliards d'euros -

C’est le total des aides cumulées pour l’industrie venant du plan France Relance (2020) et du plan d’investissement France 2030 annoncé en 2021 pour les secteurs d’avenir: hydrogène vert, bio-médicaments, intelligence artificielle, robotisation, avions sobres, bornes de recharge, nucléaire, ou quantique.

Le gouvernement, qui a affiché la volonté de créer un « choc de réindustrialisation », cible notamment les entreprises de « taille intermédiaire », souvent familiales, qui font le succès de l’Allemagne ou de l’Italie (1.738 seulement dans l’industrie en France).

Les plans soutiennent aussi les industries lourdes émettrices de gaz à effet de serre -sidérurgie, cimenterie- pour qu’elles investissent dans leur décarbonation.

- 624 projets de relocalisation -

La ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher a identifié 624 projets de relocalisation grâce au plan de relance. Ils devraient « se concrétiser d’ici 2023 » et muscler une tendance à la reprise de l’emploi industriel perceptible depuis 2017, a-t-elle dit à l’AFP.

Usine de bottes Aigle dans la Nièvre, de terres rares à Lyon, de paracétamol à Roussillon en Isère, l’impact des relocalisations est encore loin de faire basculer les chiffres de l’emploi.

« 31.740 emplois ont été délocalisés entre 2009 et 2021, et 4.885 emplois ont été créés, relocalisés dans le même temps » en France, calcule Gwenaël Guillemot, directeur de l’Institut de la réindustrialisation.

Et la reprise est freinée par trois pénuries post-Covid: main d’oeuvre, matières premières, semi-conducteurs, et la flambée de l’électricité. Certains secteurs, comme l’agroalimentaire, souffrent aussi de la pénibilité des métiers et de faibles salaires.

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